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Daniel Donovan


Building the Collection - Assemblage de la Collection
[ extrait du catalogue :   Signs of the Spirit: The Donovan Collection at St. Michael's College, University of Toronto 2001. ]


Bien que la démarche d'assembler la collection n'ait vraiment commencé qu'en 1980, ses origines remontent à bien plus loin. Au début, la stimulation provenait de ce que j'ai toujours considéré comme le point culminant de mon expérience d'étudiant de premier cycle à St. Michael's et à l'Université de Toronto : un cours intitulé, 'The Philosophy of Art'. Le livre du cours était Creative Intuition in Art and Poetry de Jacques Maritain. Le professeur, toutefois, était encore plus important que le livre. C'était un prêtre diocésain de Halifax du nom de Gerald B. Phelan. Son esprit ouvert et curieux ainsi que son amour palpable de l'art m'ont influencé de diverses façons que je n'ai vraiment bien comprises qu'avec le passage des années.

De 1958 à 1962, j'ai étudié la théologie à l'Université Laval à Québec. En vivant dans cette ville j'ai été exposé à une part du riche patrimoine de l'art et de l'architecture canadiens-français, surtout, mais pas exclusivement, les formes de ses églises. Les quatre années suivantes en Europe, divisées presque également entre Rome et Münster au Nord de l'Allemagne, furent décisives pour mon appréciation et mon amour de l'art. Aussi exigeantes et absorbantes qu'étaient mes études bibliques et théologiques, elles me laissaient un peu de temps pour un autre domaine d'éducation. Rome et Florence, Londres et Paris, Munich et Vienne étaient pour moi d'immenses mines d'histoire, d'art et d'architecture. J'ai pris ce qu'elles m'offraient avec enthousiasme et enchantement.

En revenant au Canada en 1967, j'ai rapporté deux gravures sur bois d'un juif allemand, Jakob Steinhardt, qui avait échappé à l'Holocauste en émigrant en Palestine dans les années 1930. Bien que le style des gravures soit germanique, leur contenu est tiré de textes sacrés hébreux. L'une porte le titre de Job et l'autre de Habakkuk . Le portrait de Job laisse deviner la fin de l'histoire : tout est en ruines; les nuages, cependant, se sont écartés et l'on aperçoit le soleil. Job ne comprend toujours pas pourquoi les innocents souffrent, mais il n'abandonne pas. Il continue à faire confiance à Dieu et à la vie.

Habaquq est l'un des prophètes bibliques moins connus. La gravure que j'ai évoque les premières lignes du livre qui porte son nom : 'Jusqu'à quand, 0 Seigneur, jusqu'à quand?' L'oracle que reçut Habaquq lui permit d'émerger de l'obscurité dans laquelle fut plongé son peuple et de confronter Dieu : 'Jusqu'à quand appellerai-je au secours?'

Même si elles furent achetées à l'origine comme des souvenirs de mon séjour en Europe, les gravures sur bois de Steinhardt s'avérèrent être un signe avant-coureur éloquent de ce qui allait suivre. Au cours des années, elles prirent encore plus de force. Je me rends compte maintenant qu'elles ne furent jamais seulement un portrait des personnages bibliques qu'elles représentaient. Elles traitaient aussi de la guerre et de l'Holocauste et de l'histoire continue de la souffrance et du besoin de paix de l'humanité.

En 1980, je me retrouvai avec une somme d'argent disponible et sans beaucoup vraiment y réfléchir j'achetai une grande sculpture d'extérieur en acier et en fis don à St. Michael's, il s'agissait de Zen West de Kosso Eloul. C'est ainsi qu'avec ce geste plutôt spontané je brisai la glace. J'étais bien parti pour devenir collectionneur, bien qu'encore à une modeste échelle. Je me rendis quand même compte, qu'en dépit de cela, j'en savais bien peu sur l'art contemporain canadien et j'ai donc pris une habitude qui dure jusqu'à aujourd'hui : réserver le samedi après-midi à la visite des galeries d'art de Toronto.

La collection a vraiment commencé avec l'acquisition d'une oeuvre de Ted Rettig, un artiste que j'avais connu depuis mes études de premier cycle à l'Université York. Lui et moi faisions partie d'un petit groupe d'étudiants, de professeurs et d'autres personnes qui se rencontraient toujours le dimanche soir, de 1969 à 1973, pour célébrer l'Eucharistie. Lorsque Ted   passa sa maîtrise vers le milieu des années 1970, il avait réalisé pour sa thèse un ensemble de liturgie : un autel / table, une croix processionnelle, une pierre creuse en guise de fonts baptismaux et un tabernacle. Il se trouva que certains de ces objets faisaient partie d'une exposition au moment même où je commençais à explorer le monde des arts de Toronto. J'achetai le tabernacle. C'est un cube de pierre calcaire d'une forme quelque peu maladroite creusé un peu comme une grotte avec des marques simples mais subtiles sur les côtés extérieurs. L'intérieur est visible à travers une petite porte en bronze décorée en son centre d'une croix celtique ouverte.

Le tabernacle occupe une place spéciale dans la collection. Non seulement il provient d'expériences que j'avais partagées il y une trentaine d'années, mais il a aussi donné le ton à une bonne part de ce qui allait suivre. Puissant, mais absolument pas trop imposant, il suggère une multiplicité de significations. Il possède un air de mystère, évoquant quelque chose d'ancien, de précieux, quelque chose qui sort de l'ordinaire.

Ce qui a commencé avec le tabernacle a pris de l'essor pour devenir la collection actuelle. Quand je réfléchis en rétrospective a tout ce qui a joué dans son assemblage, je suis plein de reconnaissance envers un grand nombre de personnes, en particulier les artistes. Mes conversations avec eux, avec leurs représentants et avec bien d'autres membres de la communauté des arts ont été pour moi une source de plaisir ainsi que de stimulation intellectuelle et esthétique.

Je suis plein de gratitude envers le président Alway et le Comité artistique de St. Michael's College qui ont décidé d'accepter la collection et de l'héberger dans le pavillon Odette splendidement réaménagé. Il est difficile d'imaginer un cadre qui lui convienne mieux. Pouvoir travailler dans le contexte très spécial que crée la collection me procure un immense plaisir. C'est également un plaisir tout aussi satisfaisant que de pouvoir partager mon enthousiasme pour l'art contemporain avec celles et ceux qui viennent visiter la collection.

Je tiens à transmettre des remerciements spéciaux à toutes celles et tous ceux qui ont contribué d'une façon ou d'une autre à ce catalogue. Je sais que dans bien des cas leur contribution a été une expression d'amitié. Je suis particulièrement reconnaissant envers Marcella Tanzola dont le généreux don à St. Michael's a permis de documenter la collection sous cette forme.

Ce que j'ai réussi à assembler est marqué inévitablement par mon goût et mon sens de l'art; je dirais même qu'il reflète ma vie et mon éducation, les choses qui ont de l'importance pour moi. Je suis prêtre et théologien et j'ai fait de mon mieux pour remplir ces deux rôles d'une façon personnelle et honnête. La collection fait partie intégrante de moi et de ce que je fais.

L'art nous parle à bien des niveaux. En collectionnant, j'ai davantage été attiré par sa capacité à exprimer des pensées et des sentiments que par ses qualités stylistiques et formelles. Je pense aux oeuvres comme à des signes de l'esprit humain, spécialement des signes de cet esprit lorsqu'il cherche à aller au-delà de l'ordinaire et du quotidien vers ce que j'estime être le Mystère qui nous entoure, nous imprègne et donne une profondeur et une signification à nos vies. Dans une culture religieuse l'expression de telles choses repose sur des images et des formes traditionnelles. Dans un monde plus séculier, l'artiste est souvent obligé de développer sa propre imagerie. Quel que soit le choix d'images, les oeuvres dans la collection invitent le spectateur à regarder, à réfléchir et à réagir. À travers les signes s'exprime l'esprit.



Text: © Daniel Donovan. Tous droits de reproduction réservés.

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