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Hugh LeRoy
Montréal (d'après une interview enregistrée le 27 mars 1967)

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Four Elements Column 1967
Fibre de verre (fini époxide)
H.: 18', diamètres: 25" à 73"

Les théories futuristes sur l'art, tout comme le monde d'Orwell où nous serons payés à ne rien faire, oublient l'élément humain. Toujours il y aura des hommes doués de cette énergie magique qui leur dicte de créer quelque chose. Tel remployé de bureau qui se précipite chez lui le soir pour tourner un pied de table. Il n'a qu'une seule idée en tête: fabriquer un pied de table. A vrai dire, ce qui l'en-chante, c'est l'image de la pièce de bois qui tourne et du ciseau qui mord dedans. Pour justifier cette espèce de non-sens qu'il vient de façonner dans le sous-sol de sa maison, cet homme qui ne voulait que faire quelque chose et ainsi s'affir-mer, se croit obligé de venir montrer à sa femme ce qu'il vient de faire et de lui dire: "Regarde, chérie, voici une table." Voilà la différence entre l'artiste et remployé de bureau. L'artiste, lui, dirait plutôt: "Vois un peu cette babiole inutile que j'ai faite."

Je me souviens encore d'un parco-mètre à coupole, que je taillais. J'utilisais un "deux-sur-quatre" et je le travaillais à l'aide d'une scie à découper. Je me rappelle que la scie est allée trop loin et qu'elle a attaqué le tabouret. Je ressens encore la sensation magnifique de consistance que j'ai éprouvée alors. Ce que je fais maintenant n'est en réalité que la suite naturelle de ce parcomètre. J'éprouve toujours cette sensation de consistance. Au fond, je suis menuisier, sauf que je répugne à fabriquer des portes ou des cadres de fenêtres; j'aime faire des objets, des objets inutiles. Et il arrive que ces objets trouvent leur place dans ce système social ou ce mode de vie que nos versatiles experts en culture appellent "l'art contemporain". C'est pourquoi je déteste ratiociner sur l'art, en particulier sur la peinture ou la sculpture minimales, où il faut tant élaborer pour se justifier.

Je sais bien qu'un artiste ne saurait se permettre de s'identifier au monde de l'art avant d'avoir trouvé sa propre voie. Tout comme bien d'autres jeunes "inadaptés", j'ai abouti à l'Ecole des beaux-arts où l'on m'a inculqué cette idée qu'il fallait rechercher quelque chose d'unique, un style identifiable. Il m'a fallu cinq pénibles années pour découvrir que tout cela n'était que bêtises. Un jour, j'ai vu la pièce d'Arthur Miller, Death of a Salesman, et j'ai compris que l'art était universel et non pas unique. Je me suis donc mis moi-même en quête de la vérité fondamentale. Tout comme Miller comprenait l'humanité, j'ai voulu étudier et comprendre les éléments de la sculpture. Je suis revenu à la fabrication d'objets.

Ce nouvel état d'esprit m'a conduit à la théorie de la "forme résultante de la force" qui m'amena à la conception de l'objet rationnel: "objet", car cela ne res-sortissait pas vraiment au "noble" domaine de la sculpture, et "rationnel" car l'objet était le résultat d'une force préconçue exercée sur une surface à deux dimensions ou sur un volume tridimensionnel.

Four Eléments Column illustre cette théorie de la forme résultante de la force. Le premier "élément" est le cylindre lui-même; le second est une ouverture perpendiculaire; le troisième, la compression, et le quatrième, une torsion. Comme j'étais guidé par les résultantes naturelles et inévitables de la force, je ne pouvais accentuer davantage la torsion sans aller jusqu'à la distorsion, ni non plus la compression sans rendre déplacée la parabole. Fort de cette impression, j'en suis venu à concevoir que Four Eléments Column était plutôt un événement organique qu'un objet rationnel ou un manifeste géométrique et statique. Dans un certain sens, c'est un événement suspendu qui pourrait reprendre la forme qu'il avait auparavant.

Je suis loin de penser, comme le font certains artistes, que la solution de mes problèmes consisterait à collaborer avec d'autres artistes ou avec des scientifiques. Je pense que le propre de l'art est l'unicité ou ['isolement. Je suis convaincu que tout le grand art d'antan doit son excellence au désir profond d'un seul homme. Je suppose que tout ce qui me reste de l'Ecole des beaux-arts se résume à cette remarque d'un professeur: "L'art est amour".


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