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Michael Snow
New York City (d'après une interview enregistrée le 23 mai 1967)

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First, Last 1967
Contre-plaque peint, aluminium et verre
H.: 6'10" L: 6'10" P.: 6"

First Last tire son origine des pièces pour vitrines que j'ai commencées i! y a trois ans. Ce procédé d'encadrement provient d'une série d'essais s'étendant des premières peintures Walking Woman (où la silhouette est découpée, détachée) jusqu'aux dernières sculptures Walking Woman très raffinées, exposées à l'Expo (et qui contenaient en elles-mêmes
l'action réfléchie de l'extérieur). Mais que ce soit dans cette pièce ou dans les décorations de vitrine, je ne m'intéresse qu'au découpage. Cette pièce est une sorte d'absolu qui encadre des choses fortuites. Elle est entièrement symétrique – un carré parfait – d'un gris perle et repliée sur elle-même. Le spectateur devrait éprouver une expérience gratuite, quitte à réfléchir plus tard sur ses ressorts. Lorsque vous regardez par les fentes, vous apercevez tout d'abord l'aluminium étincelant qui constitue l'âme de l'oeuvre, puis vous vous rendez compte que vous regardez une sorte de prisme. N'importe quoi peut y apparaître: ce qui se passe à gauche ou à droite, ou dans le ciel. La fente supérieure a une paroi plus sombre qui réfléchit peu, de sorte que rien n'accroche le regard et seule apparaît cette infime parcelle de ciel; mais dans l'autre fente, les réflections s'entrecroisent.

Cette sculpture a une vie tellement interne qu'elle s'alimente des choses de l'extérieur. Elle compose dans la mesure même des limitations qu'elle s'impose. L'art est souvent sacrifice, concentration sur les objets. Je pense que voir ce coin de ciel éveille en nous quelque chose d'assez différent de ce qu'éveille la vue ordinaire du firmament. Il y a un rien de poésie qui échappe autrement. C'est un peu ce que fait la caméra, sauf que dans le cas présent, le ciel est instable et n'est pas vraiment pris.

Depuis trois ou quatre ans, je subis l'influence du cinéma et de l'utilisation d'une caméra. Quand vous collez l'oeil sur la lentille, tout ce que vous voyez prend plus de relief. Mais j'ai tendance à faire de la sculpture qui est de la sculpture et des films qui sont des films, et je ne veux pas du tout les voir ensemble. Chacun, à mon avis, renferme en soi sa propre puissance d'intérêt. On emploie souvent une expression "médiums divers" pour décrire une sorte d'impressionnisme et je m'intéresse plus au spécifique qu'au général. Cependant, je ne puis dire que je ne m'intéresse aucunement aux prétendus "médiums divers", car la diversité des choses que je fais m'est apparue quelquefois un problème et l'idée que je devrais les faire toutes ensemble m'a toujours préoccupé. Jus-qu'ici, c'est déjà suffisant de me limiter à la fois à une sculpture, un film ou une pièce de musique. Si nous devons dire "sculpture", il faudra en faire autant pour le "théâtre" ou "l'opéra" ou le "cirque", domaines où j'ai oeuvré et continue de le faire. La simultanéité est intéressante, mais la concentration me captive plus que la diffusion. Ce qui me fascine particulièrement dans le cinéma, c'est la concentration image-son.

Je pense qu'on pourrait vivre sans créer d'oeuvres artistiques, vivre une vie qui serait un art en elle-même. Il y a des expériences que vous pourriez qualifier d'art. Un matin, dans l'autobus, je m'aperçus d'un rapport remarquable entre le siège devant moi, le plafond de l'autobus et ce qui se passait à l'extérieur. Il y avait là art en ce sens que je voyais des rapports qui étaient particulièrement émouvants comme s'ils étaient "encadrés" ou "désignés". Je pense qu'il y a émotion religieuse dans ce genre d'expérience et dans l'art en général.

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